En douze ans de mandat, Robert Ménard a radicalement transformé le visage de Béziers. Devenu une figure incontournable et souvent clivante du paysage politique français, le maire de la plus vieille ville de France s’apprête à briguer un troisième mandat. Mais comment expliquer cette hégémonie locale ? Lors d’une déambulation sans filtre dans les rues biterroises, Robert Ménard revient sur ses méthodes, ses colères et sa vision pour une France qu’il souhaite voir “fière d’elle-même”.

Une ville métamorphosée par le “bon sens”
Dès les premières minutes de l’entretien, Robert Ménard revendique son bilan visuel : il affirme que les rues n’étaient pas dans cet état à son arrivée, pas plus que les Halles, et qu’il a tout changé. Pour lui, l’action municipale est avant tout une question d’esthétique et de respect de l’histoire. Il cite fièrement la restauration du vieux pont et des remparts, ou encore l’installation annuelle d’une crèche à l’hôtel de ville, attirant des dizaines de milliers de visiteurs chaque année.
Sa politique se veut pragmatique, loin de ce qu’il appelle “l’écologie punitive”. S’il reconnaît le réchauffement climatique suite aux épisodes pluvieux inédits dans le Midi, il refuse de sacrifier la voiture dans une ville moyenne où le métro est une chimère. Pour lui, les gens sont comme ils sont et il refuse de passer sa vie à les punir pour leurs habitudes de déplacement.
Sécurité et immigration : le discours qui bouscule
L’un des piliers de la méthode Ménard reste la sécurité. Premier maire de France à avoir instauré un couvre-feu pour les mineurs de moins de treize ans, il ne regrette rien, malgré les attaques de la Ligue des droits de l’homme. Pour lui, la liberté d’un enfant n’est pas de traîner seul au milieu de la nuit. Avec un effectif de police municipale ayant plus que quadruplé depuis son arrivée, il dénonce toutefois le manque de prérogatives accordées par l’État, comme l’impossibilité pour ses agents de consulter les fichiers des voitures volées.

Sur l’immigration, Ménard tient un discours singulier. S’il s’oppose fermement à la politique nationale, il affirme être soutenu par une partie de la population immigrée de Béziers. Il évoque des mères de famille réclamant plus de mixité dans les écoles de certains quartiers. Pour lui, la situation actuelle est un échec pour ces enfants, et il prône une intégration par la fierté d’appartenir à la communauté nationale.
Une classe politique dans le viseur : du RN à LFI
Robert Ménard ne ménage personne, à commencer par ses propres alliés d’hier. Il qualifie de profonde erreur la décision du Rassemblement National de présenter un candidat contre lui à Béziers. Ses critiques envers Jordan Bardella sont acerbes, lui reprochant son manque d’expérience et ses positions sur le terrain économique. Pour Ménard, le RN doit apprendre à s’allier et à respecter ses partenaires s’il veut gagner une élection nationale.
Quant à la gauche, il dénonce une forme d’indignité de la part de La France Insoumise et un discours qu’il juge misérabiliste chez les écologistes. Lors d’une rencontre fortuite avec un ancien opposant socialiste dans la rue, le maire souligne avec ironie que même ses détracteurs historiques reconnaissent l’embellissement du centre-ville, tout en restant confrontés à la pauvreté persistante de la cité.
Rendre aux Français leur fierté

Au-delà de la gestion locale, Robert Ménard semble porter une ambition culturelle : celle de la politesse et des règles de base de la vie en société. Il s’amuse de son image de “vieux réactionnaire” lorsqu’il évoque le respect des traditions de courtoisie, comme le fait de céder le passage ou de saluer autrui.
Sa plus grande fierté après deux mandats reste d’avoir rendu aux Biterrois la fierté de leur ville. Pour celui qui a longtemps vécu à Paris, le constat est simple : si une petite ville de province peut retrouver son éclat et son identité, pourquoi ne pas appliquer cette recette à l’échelle de tout le pays ? Un message qui résonne comme un axe de campagne pour les années à venir.